De Litteris

  • 6-12-2011

    Un étranger resté attardé sur la piste, Lettera Amorosa, Sur un blanc ruban de terre et d’encre

    Jacques Roman - Editions Paupières de Terre

    Trois textes, dans ce recueil, pour affirmer que l’amour dure « même au sein de la carcasse de cette bête dépecée que semble être l’humanité ». Une petite centaine de pages au papier doux comme de la peau. Trois gravures superbes (signées Vincent Ottiger), laissant apparaître, dans leurs plis, cette chair d’encre que façonne Jacques Roman

    Un étranger resté attardé sur la piste, c’est un « ouvrier de la dernière solitude », placé dans l’ombre, qui décrit, décrit, décrit l’amour, ce « tourment d’en pouvoir », cette beauté terrible à déniaiser. Sous sa plume, un homme, poète funambule, épingle et murmure des photographies et des lettres d’amour adressées à un nom de craie, Falaise, comme si les mots seuls suffisaient à tracer et faire revivre les contours de l’être absent (« L’objet de l’amour ne saurait nous appartenir mais son éternité en nous [...]

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  • 4-12-2011

    Le rêve du jeune homme et autres voyages

    Contes adaptés par Claire d’Aurélie, illustrés par Hélène Rajcak - Editions Paupières de Terre

    Trois contes d’origines différentes (Japon, Pologne, Moyen-Orient) pour trois leçons de vie : qu’on nous entraîne dans le rêve d’un jeune homme, dans le sillage d’une corneille de bon conseil ou à la crête d’un arbre, on prend ici précepte de vie et d’écriture.

    Au sein de ces trois histoires, portées par la plume douce et pure de Claire d’Aurélie, on apprend à méditer l’importance des choix (dire ou ne pas dire, promettre à la va – vite, agir sans réfléchir) et des mots, première source de magie du conte – qu’implicitent le mot « rêve » ou le mot « souci » ?

    En vis à vis, les éclosions d’encre d’Hélène Rajcak mettent en valeur la dualité fondamentale des textes ici assemblés : elles se font tant illustrations, images aux courbes enfantines dressant chemin de vie, que redoublement des mots encrés, langage parfois elliptique, détrempé, que l’œil [...]

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  • 30-11-2011

    Le dodo de Lewis Carroll

    Eddy Devolder & Kiki Crèvecoeur - Editions Esperluète

    C’est un adorable objet avant même d’être un livre : on savoure, avant de plonger dans cette histoire minuscule, le grain du papier, le pourpre éclatant de la jaquette, les points délicats de la couture (à voir tant et tant de livres collés aujourd’hui, on en oublie parfois qu’ils furent d’abord cousus…), la maquette amusante de ce livre qui se déplie, se replie, se tourne… un livre-jeu, autant qu’un livre objet !

    Se déploie ensuite l’histoire, fort courte, qui contera aux enfants comment le révérend Charles Dodgson, ce drôle d’oiseau bègue, rencontra un jour le dodo qui devait, bien plus tard, une après-midi de pluie, devenir l’un des personnages de son double chef d’œuvre, cette Alice en deux tomes, toute de réjouissantes absurdités et invraisemblances linguistiques. Le (bien) court récit est accompagné de gravures sur gomme pleines d’une tendre drôlerie, qui redoublent et éclairent agréablement le texte.

    C’est un joli ouvrage, qui peut [...]

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  • 27-11-2011

    Brueghel en mes domaines

    Lionel- Edouard Martin - Editions Le vampire actif - France

    Brueghel en mes domaines ou cent quarante quatre tableautins pour un poète se livrant par lambeaux, au hasard de géographies intimes ayant l’encre, plus que la terre, pour principale route.

    Que son regard explore, à travers le voile de la poésie, des ressentis de la Bavière, Haïti, de Maroc ou de la Martinique, le temps de l’enfance comme le présent troublé par les réminiscences, la solitude comme le fer et le bruit du monde, qu’il évoque l’avènement du monde ou porte son attention à l’infime, à l’oublié, le poète élabore un itinéraire d’encre où l’écriture met autant à distance le monde qu’elle ne se l’approprie. Il s’agit autant d’exprimer un ressenti particulier de l’univers, passant par l’évocation du minuscule et de l’éphémère (ainsi ces insectes travailleurs, fourmis ou abeilles, qui hantent le texte, et avec eux les averses « tissant la soie [...]

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  • 22-11-2011

    Le petit chaperon rouge, partout

    Gilbert Lascault - dessins d'Henri Cueco - Editions Fata Morgana

    Le petit chaperon rouge fait, ce me semble, partie des contes de notre enfance les plus réécrits : on le teinte de bleu marine chez Dumas et Moissard ou de vert chez Solotareff, on en tire un livre puis un film d’un érotisme et d’un féminisme troublants (La compagnie des loups, d’Angela Carter, merveille transposée au cinéma par Neil Jordan), on le parodie, le met en scène dans des publicités, et ne cesse, globalement, de le réinterpréter.

    Gilbert Lascault l’a bien senti : « à toutes les époques, dans de multiples pays, sur terre, au fond des mers, sur les autres planètes, dans chaque galaxie, dans le passé, dans le présent, dans l’avenir, il a existé, il existe, il existera des Petits Chaperons Rouges ». De cet implacable constat, il fait jaillir un canevas de micro-histoires remâchant, comme le loup [...]

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  • 20-11-2011

    Botanique Circus

    Frédéric Clément - Editions Albin Michel

    J’ai déjà dit ici mon amour pour Frédéric Clément et mon attente impatiente de son dernier opus. Le Botanique Circus est arrivé chez moi ce week-end et a déployé pour mes yeux ravis les chatoiements de ses pétales, ses merveilles végétales et autres surprises étaminées.

    C’est l’histoire d’un géant aux feuilles de chou, qu’un monsieur Loyal tente d’intégrer à sa revue : acceptera-t-il d’être le fleuron de son spectacle ? Saura-t-il écouter les bougonnements des bourgeons, les soupirs des soucis, les cris des chrysanthèmes, les silences des simples… ? Se mêlera-t-il à sa collection de saltimbanques et vivra-t-il au milieu des clowns, dompteurs et autres anges du bizarre ?

    C’est une histoire qui se dédouble : un petit livret à reliure japonaise en offre une version in extenso, vierge d’images, si ce n’est la disposition, graphique, poétique, du texte ; le livre-chapiteau en offre une [...]

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  • 17-11-2011

    Allez dire à la ville…

    En attendant de trouver un peu de temps pour écrire, dans une semaine emplie de belles rencontres littéraires et de peu de virtuel, je ne peux m’empêcher de partager ce poème de Xavier Grall, lu et relu cent fois depuis l’adolescence, envolée que je me suis récitée au sortir de la belle rencontre avec Michel Le Bris et Gilles Lapouge – entendre parler ces hommes-mondes, ces sources-pages était une bien belle expérience et voir Le Bris m’a instantanément rappelé à ces vers bretons, d’un auteur dont il faudra que je parle longuement, un jour, en ces pages.

    Allez dire à la ville

    A Paul Guimard

    Terre dure de dunes et de pluies c’est ici que je loge cherchez, vous ne me trouverez pas c’est ici, c’est ici que les lézards réinventent les menhirs c’est ici que je m’invente j’ai l’âge des légendes j’ai deux mille ans vous ne pouvez pas [...]

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  • 13-11-2011

    Un ange à ma table

    Janet Frame - Traduit par Anne Damour - Editions Joelle Losfled - Nouvelle Zélande

    Un ange à ma table a longtemps été pour moi un splendide film de Jane Campion (réalisatrice qui n’a pas son pareil pour exprimer la poésie au cinéma, en témoigne également son dernier –et sublime- opus, Bright Star).

    Il aura fallu plusieurs années pour que j’acquière les trois volumes de la bouleversante autobiographie ayant inspiré ce film sur la vie de Janet Frame, opus s’ouvrant sur ces quelques phrases énigmatiques : « depuis les eaux obscures du premier lieu, dans un second lieu d’air et de lumière, j’écris ce récit avec ses faits, ses vérités et souvenirs de vérités, et son tracé toujours pointé vers le dernier Lieu, où tout commence par le mythe. » Toute l’esthétique de Frame est contenue dans ces phrases : la lire, ce sera passer de l’ombre à la lumière, à travers des mots simulacres, des [...]

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  • Je suis la vieille dame du libraire

    François Perche - Editions Paupières de Terre

    C’est une voix sans réponse. On devine l’Autre, dans les interstices laissés par cette longue tirade qui s’essouffle, part, reflue, déroule, de paragraphes en paragraphes, en flux tendu, les jours qui s’enchaînent, s’étirent. C’est une voix sans ponctuation qui ressasse, une voix qui développe, par éclats, les infimes détails de son histoire, et qui révèle, par mots dérobés, l’intime, le passé voilé. C’est une voix-vague, qui creuse, inlassable, le texte, pour laisser apparaître, entre deux grains de texte, un portrait touchant.

    C’est le portrait d’une vieille dame, confiante, tremblante, qui offre, par fragments nacrés, par éclats déjà recouverts par d’autres phrases, sa personnalité, dans les creux du quotidien, dans les hésitations, les tentatives timides de s’ouvrir, livre fané, à son libraire. Elle joue les maladroites ne sachant remettre en place les piles de leur radio [...]

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  • 8-11-2011

    Revue Dissonances : Le vide

    Collectif

    La revue Dissonances, pour son vingt et unième numéro, explore le thème du Vide. Sous les étranges et fascinantes illustrations de Pauline Dunand (seule artiste à illustrer les pages) et les textes de dix-neuf auteurs, celui-ci choisit diverses incarnations : vacuité d’une vie en négatif, dans un univers dystopique où les jours perdent leur substance et leur nom (très beau texte d’ouverture de Derek Munn), l’urgence d’embrasser la tentation du gouffre, du suicide, pour mieux atteindre le vide/ la paix intérieur(e) (dans le superbe texte angoissé, cœur emballé, où l’écriture reflue et s’écrase comme quelqu’un qui interromprait sa course, d’Isabelle Guilloteau), les derniers instants avant que l’âme ne se déleste du corps (très beau Saut de l’ange, de Jean-Marc Flapp), la beauté physique comme possible enveloppe creuse (Marina Louvette), l’apaisement d’après l’amour (sensible et fin texte de Nicolas Brulebois), le vide créateur (Alain Condrieux), celui de l’attente, de la projection [...]

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