De Litteris

  • 7-11-2011

    Rencontres littéraires

    Quelques dates à retenir…

    Mercredi 9 novembre, dans le cadre de son atelier de curiosités littéraires, Eric Poindron recevra Sergi Cozzi, un « véritable Indiana Jones » : ancien champion cycliste, marin, plongeur, Bûcheron, mineur, chercheur d’or, masseur, magnétiseur, tireur de carte, chasseur de Yétis , découvreur de tribu (les Rautés), photographe, reporter, écrivain, conférencier… Voilà un homme qu’il me tarde de découvrir ! Mardi 15 novembre, l’éditeur André Versaille recevra Michel Le Bris et Gilles Lapouge au Centre Wallonie-Bruxelles à 19h : rencontrer deux de mes totems littéraires dans la même soirée me ravit d’avance… Les 18, 19 et 20 novembre se tiendra, à l’Espace des Blancs Manteaux, un salon des Editeurs Indépendants, L’autre livre : une excellente occasion de découvrir de nouveaux éditeurs et de compléter, dans ma bibliothèque, les rares étagères vides…

     

    Photo personnelle : vitrine de librairie, Augsburg.

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  • 2-11-2011

    Valpéri, Mémoires d’un gentilhomme

    Paul de Molènes - Editions Le Castor Astral, Curiosa & Caetera

    Après nous avoir égaré à Naples ou à travers les livres, la collection Curiosa & Caetera du Castor Astral nous propose d’entrer dans un XVIIIe siècle libertin, sulfureux, jubilatoire.

    Dès les premières pages, ces Mémoires avancent à rebours : avant même de plonger dans le grand démantèlement de l’âme – car il ne s’agit point de lire un récit initiatique ici, mais de plonger dans un pourrissement progressif- de ce Valpéri fictif, il faut passer les portes de deux introductions, comme si ce retard dans l’entrée au récit, tout en aiguillonnant la curiosité du lecteur, devait le prévenir – mais de quoi ? D’une immoralité avérée qui se veut avant tout divertissante – chaque introduction est d’ailleurs dédiée à une femme, comme si cette invocation féminine pouvait protéger le récit de sa propre amoralité- ou de l’irréalité des pages qui suivent (le premier introducteur le confesse : il [...]

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  • 17-10-2011

    Lire la fantasy

    Longtemps, j’ai vécu à travers les contes. Les princesses, les gnomes, les malédictions, les destins tragiques m’étaient aussi réels que les voitures, le changement des saisons ou les hommes politiques dont les adultes commentaient les paroles, le soir, au repas. Je ne voyais –jolie naïveté de l’enfance- pas en quoi le monde difforme et obscur que servait le journal télévisé aurait été plus « réel », « intéressant », que celui que m’offraient les contes. Après tout, sous des détours de phrases différents, il n’y avait là que les mêmes recettes d’histoires à succès : contes de morts, d’amour, de pouvoir, déclinés au fil des jours et des « percées » journalistiques.

    J’ai grandi, quelque peu. Mais la fantasy – ce fantasme fantôme bien anglais pour lequel le français, langue par trop analytique, ne connaît pas d’équivalent- a poursuivi pour moi le travail des contes et a façonné ma sensibilité [...]

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  • 10-10-2011

    Frédéric Clément

    L’œuvre de Frédéric Clément me hante depuis l’enfance. Petite, je restais des heures penchée sur ses illustrations merveilleuses des contes de Mme d’Aulnoy, amoureuse des visages si fins qu’ils en paraissaient esquissés, des plumes, réelles à en être attrapées, de l’oiseau bleu, des encres éclatées des robes de brocart…

    Ces deux livres de contes (La chatte blanche et L’oiseau bleu) m’émerveillaient : je découvrais, grâce à eux, la puissance d’une couleur à la façon dont il les déclinait de livres en livres, la grâce de livres-objets à la présentation soignée et la force d’une mise en page réussie (avec ses éclats d’illustration qui parsemaient le texte d’autant de rappels et de promesses). Je découvrais, sous la beauté des illustrations, une autre vision, irréelle de beauté, des contes que je façonnais dans ma tête. Ils étaient mes entrées privilégiées dans le monde de l’art, contemplés avec la même fascination que les [...]

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  • 7-10-2011

    Rêveur de confins

    Michel Le Bris - Editions André Versaille

    Michel Le Bris fait partie de mes (nombreux) totems littéraires : amoureuse des pirates, de ma Bretagne, de la littérature voyageuse, je ne pouvais que retomber sans cesse sur ce fabuleux passeur et le laisser me guider, de Stevenson à Théroux. Rêveur de confins proposera à ceux qui, comme moi, sont fascinés par le créateur du festival Etonnants voyageurs, une autobiographie sous forme d’alphabet, un grand puzzle qu’on s’amuse à reconstituer pour retrouver la silhouette de Le Bris, son regard modeste et enthousiaste.

    On retrouve avec plaisir des anecdotes déjà racontées dans ses autres livres et préfaces, redécouvre, souriant, ses références-totems, lit avec gourmandise et émotion les portraits de ceux qui ont croisé sa route et l’ont inspirée (de son instituteur à des figures comme Xavier Grall, Edouard Glissant et, bien sûr, Stevenson), s’intrigue avec lui du sens de ce wilderness qui hante l’écriture des nature writers et autres [...]

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  • 4-10-2011

    Dans les forêts de Sibérie

    Sylvain Tesson - Editions Gallimard

    Après avoir arpenté l’espace et célébré l’énergie vagabonde, Sylvain Tesson nous entraîne, pour son dernier opus, dans une redécouverte du temps. Il ne s’agit plus ici de faire sien, à foulées ardentes, les kilomètres, mais l’instant, la durée. Son journal nous emmène au cœur d’une cabane au bord du lac Baïkal pour faire l’apprentissage de la vie intérieure, de la dé-civilisation et d’un paysage répété, approfondi, de jours en jours. Six mois de solitude, de méditation, d’exploration du temps et de soi : serait-ce là, dans nos sociétés de l’instantanéité, l’ultime, le suprême luxe ?

    Il ne s’agit pas ici de jouer les trappeurs, les survivants (ainsi que le contait l’indispensable Peter Fromm dans son Indian Creek) : le seul wilderness possible, dans cette expérience, c’est celui d’une âme humaine qui se dépêtre, page à page, des engoncements de la société moderne, sa consommation excessive d’informations, de produits, d’êtres, et se découvre indépendante, [...]

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  • 2-10-2011

    Le baiser de la mouche

    Chris Simon - Editions Kirographaires

    Sept nouvelles, sept glissades vers des percées d’irréel venant perturber nos modernités. Que le personnage y perde sa langue, que des safous magiques fassent éclore des lignes de bus, qu’une odeur vous poursuive jusqu’à vous laisser exsangue ou que la narratrice se laisse flotter aux confins de sa propre conscience, la visée est la même : tenter de saisir des moments de flottement, de bascule, instants précieux où le quotidien, l’humain vont à la rencontre de leurs possibles.

    Chris Simon s’inscrit en cela dans la lignée d’un certain fantastique à l’anglo-saxonne ou d’auteurs français tels que Mélanie Fazi, pour qui les percées de surnaturel ne sont pas des épreuves de force, d’horreur, mais des bains révélateurs émotionnels. Il s’agit ici, quel que soit le moyen (rencontre impromptue avec un gnome qui aide le narrateur à s’adapter à la jungle urbaine autant qu’à celle de ses sentiments, amour [...]

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  • 27-9-2011

    Lanark

    Alasdair Gray - Traduit par Céline Schwaller - Editions Métailié

    Le livre s’ouvre sur une superbe gravure dans un style rappelant celui de William Blake : un arbre de vie et de mort, au tronc formé d’un couple s’allaitant aux mamelles d’un dragon porteur d’étranges univers, un visage aux yeux morts et une silhouette de créateur s’auto- créant, dessinée avec la précision d’une planche d’anatomie.

    Passé cette porte infernale, le lecteur s’enfonce dans un livre aux curieuses subdivisions (les livres s’étirant dans une sorte de désordre organisé, III-I-II-IV, chaque partie étant introduite par des gravures programmatiques) où il suivra, tour à tour, un amnésique errant dans un monde privé de lumière où les malades se transforment en dragon et un jeune artiste asthmatique atteint d’eczéma, aux amours puérils déçus et à l’art désespéré et fou. Charge à lui de trouver comment les livres relieront entre eux ces deux figures tragiques – à [...]

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  • 25-9-2011

    Marge occupée

    Jean-Charles Lévy - Editions Les doigts dans la prose

    Le roman s’ouvre sur une collision – celle d’un Sartre cycliste et d’un Céline cible- et se vit comme une collision, dès les premières pages. Le cadre et le ton sont plantés : Marge occupée procèdera par (électro)chocs et ne suivra nulle trajectoire rectiligne qui ne s’autodétruira en quelques phrases.

    Pour ceux à qui il faut absolument une histoire, un petit fil romanesque, sachez que Jean-Charles Lévy vous convie – non, vous parachute- dans un Paris occupé où la littérature est mise hors-la-loi : écrivains et personnages y sont pourchassés au fil des pages, dans un joyeux méli-mélo foutraque où siècles et genres s’emmêlent.

    Les autres mordront à pleines dents dans cette évasion de la fiction vers les marges, dessinant une cartographie grinçante d’un genre romanesque dont la résistance, c’est-à-dire la capacité à toujours « tenir debout », est remise en question. Lévy, en refusant la facilité du récit et le grand jeu d’une [...]

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  • 23-9-2011

    Balzac revient

    Kol Osher - Editions Les doigts dans la prose

    Balzac revient : le voilà qui s’éveille, écrivain momifié par les manuels scolaires, en son musée de Saché, prêt à en découdre avec la postérité, ses romans inachevés, le besoin de moderniser son œuvre, et, pourquoi pas, une guide blonde aux jolis mollets.

    Balzac revient : est-ce vraiment pour écrire ou pour nous pousser à jongler entre nostalgie et modernité ? Peut-on le moderniser ou n’est-il que l’expression d’une certaine image (d’Epinal) mélancolique de la littérature et de la France (sa campagne, ses jeux des mille francs…) ? Peut-on le dépoussiérer – ou est-il condamné à fuir, tel un Rimbaud bedonnant, la littérature moderne ?

    Ne cherchez pas, en lisant ce livre, à lire un petit guide du parfait balzacien (pour cela, lisez plutôt le splendide portrait dressé par Stefan Zweig… dont on m’objectera sûrement qu’il est plus littéraire qu’historique), une reconstitution exacte de l’écrivain (“sa [...]

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