De Litteris

  • 12-9-2012

    L’or perdu de la joie

    Olympia Alberti - Editions Salvator

    Ecrire « le roman secret de Camille Claudel et de Rilke », recomposer, par touches sensibles, la rencontre entre deux âmes pétries de grâce, tisser entre eux un amour-amitié, une entente créative : tel est le projet d’Olympia Alberti dans L’or perdu de la joie.

    Le livre, en mêlant carnets de poche de Rilke, correspondances, incursions introspectives dans les esprits tourmentés de ces créateurs qui cherchent à transformer la boue de leurs angoisses en or joyeux, est moins le récit d’une rencontre –celle, ratée, de Rilke avec le grand maître Rodin qu’il venait monographier, et celle, transcendante, avec Camille Claudel, procédant par éclats irréguliers- qu’une invitation à plonger, en touches lyriques, à travers deux voix en quête d’éblouissement. Ce qui émerge de la lecture, c’est moins la reconstruction chronologique des échanges entre la sculptrice et le poète, que l’ambition de donner [...]

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  • 10-9-2012

    Lisières

    Marianne Desroziers - Editions Les penchants du roseau

    Avant même de plonger dans l’univers de Marianne Desroziers, il y a le bel objet : sous l’enveloppe de cristal, la couverture aux fines rainures qui évoquent, déjà, les lisières annoncées par le titre ; le papier qui chante ; le logogramme élégant, et l’illustration, toute de lignes de failles, porte d’entrée sur un monde de subtiles déchirures.

    Le recueil aurait pu se nommer « oscillations » : Marianne Desroziers lui a préféré l’idée d’une frontière poreuse, d’un entre-deux où l’on hésite entre fantastique et réalisme. Ses lisières soulignent l’ambiguïté qui règne, maîtresse, sur les six univers ici collectés comme autant de parenthèses – ces parenthèses si présentes dans le style de l’auteur- dans des intimités prêtes à basculer vers autre chose, ailleurs.

    Voilà le lecteur condamné à vaciller d’un mot à l’autre, jamais certain d’échapper aux sables mouvants des atmosphères chuchotées par l’auteur. Que l’on se laisse prendre par [...]

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  • 9-9-2012

    Roma, l’avventura et autres nouvelles

    Sylvie Ferrando - Editions EdiLivre.com

    Roma, l’avventura propose, en quatre nouvelles comme autant de destinations différentes (Rome, Paris, Florence, Athènes), un portrait évolutif d’une femme « moderne », Claudia, désireuse de s’accomplir à tous points de vue : personnel, professionnel,  et artistique.

    Au fil de ses aventures, Sylvie Ferrando donne son interprétation de ce que c’est qu’être femme aujourd’hui : amante autant que mère, européenne, ambitieuse, indépendante, libre, courageuse, et en harmonie avec sa fibre artistique. La femme selon Ferrando (qu’il s’agisse de son héroïne, Claudia, ou de Calypso, un des personnages de la dernière nouvelle) s’offre volontiers reconversions, voyages, rencontres, approfondissement intellectuel ; sa fragilité recouvre une force intérieure qui l’aide à surmonter bien des obstacles ou à s’emparer de bien des opportunités. Amour, amitié et carrière épanouie l’attendent à chaque tournant, effaçant bien vite les échecs ou les épreuves.

    Le projet me semblait intéressant – défendre une vision moderne [...]

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  • 6-9-2012

    L’homme caché

    Pierre Cendors - Editions Finitude

    Le jeu de cache-cache commence dès la couverture : un labyrinthe vacillant autour d’un portique-serrure, dont la clé est une silhouette obscure qui pourrait tout autant nous toiser que nous rejeter. Dominant l’image, le sous-titre romans, clin d’œil à La vie mode d’emploi de Perec, invite à une lecture en tiroirs et au jeu fictionnel.

    Ce profil est celui d’Endsen, poète à la biographie nomade, impossible, personnage brumeux égaré dans le labyrinthe de Prague et dissout dans la Vltava. Endsen, ce créateur visionnaire à la Rimbaud, dont la disparition et la vie, enfouies sous le silence, sont devenues de véritables légendes autour desquelles graviteront les narrateurs des quatre romans-nouvelles composant L’Homme Caché. Endsen, dans le nom duquel on voudrait entendre la fin de quelque chose – du soi ? du sens ?-, personnage mais aussi auteur de L’Homme Caché… Endsen renvoie curieusement à [...]

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  • 5-9-2012

    L’ombre s’étend

    Nicolas Dyon - Editions L’Harmattan

    L’ombre s’étend : la formule porte en elle l’explication que le compositeur finlandais Jean Sibelius donna de sa sixième symphonie et un aperçu des dernières années de sa vie.

    Nicolas Dyon dessine, à travers elle, à touches sensibles, le portrait d’un compositeur silencieux, engoncé dans son passé, confronté à la perte de ses capacités créatrices et à son inaptitude à entrer en correspondance avec son époque : comment créer en temps de guerre ? Comment épouser la modernité d’un monde qu’on sent voué à l’ombre et à la déréliction ? Vaut-il mieux renoncer à créer plutôt que de ne pas savoir épouser le souffle du monde ? Faut-il détruire son œuvre plutôt que de n’être que le pâle reflet d’une ère déchue ?

    Son Sibelius sent le vide l’envahir, comme la neige estompe, tout autour de lui, la nature sensuelle qui a nourri son œuvre ; comme le blanc [...]

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  • 24-8-2012

    Avènement des ponts

    Lionel-Edouard Martin - Editions Tarabuste - Poésie

    Le livre s’ouvre comme jaillit une messe, sur un introït d’où s’élève une des figures récurrentes de cet Avènement des Ponts : l’Arbre, à la peau-écorce hantée de visages morts et au corps « folié d’os ». L’Arbre, comme trait d’union entre humus-humain et ciel humé, force de sève nourrie de défunts, pont vertical entre morts et vivants.

    L’Arbre engrange une des grandes lignes directrices de ce recueil oscillant entre « horizontalité profonde » – celle du chemin que l’on trace, du vers que le poète-boustrophédon sillonne au gré des pages, de la passerelle jetée entre morts et vivants, entre vieux continent et « caraïbe à paroles »- et verticalité – celle de l’essor calme de l’arbre, de la chute de la pluie salivant les défunts et les amenant à ressurgir dans le monde vivant, de l’escalier-ombilic s’élevant pour tutoyer le divin, du regard de la [...]

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  • 23-8-2012

    Reste l’été

    Nicolas Le Golvan - Editions Flammarion

    Un quarantenaire (en crise), l’été (et les plages de sable fin de l’île de Ré), le couple (et la difficulté de durer) : la trame narrative mince de Reste l’été repose sur des stéréotypes-châteaux de sable que font et défont les marées littéraires depuis l’avènement des congés payés. Peut-on se réinventer une vie, après s’être glissé, pantin consentant, dans le prototype du père en retrait, du mari-suiveur, de l’ami-déserteur ? Peut-on faire tabula rasa du passé après s’être fait le fantôme, l’ « usufruitier distrait » de son existence ? Sort-on jamais des symboles-jalons qui ont construit, parfois malgré nous, notre univers ? Et, pour l’écrivain, est-il possible d’introduire des grains de sable dans la mécanique bien huilée des « conte[s] cruel[s] sur l’amour » qu’ont déjà vanté tant de quatrièmes de couverture ?

    L’auteur du génial Dachau Arbamafra offre, dans ce premier-roman-mais-deuxième-récit (pour reprendre la quatrième de couverture), [...]

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  • 13-7-2012

    Notules estivales & réflexives

    - Editions Anarchasis

    Dernier volet de mes suggestions estivales avec, cette fois, trois essais lus ces derniers mois.

    Louange des mousses, Véronique Brindeau (éd. Philippe Picquier) : les Japonais cultivent, bien mieux que nous, ces beautés fragiles cachées dans l’ombre que sont les mousses. Evoquer ces végétations humbles, simples, modestes, discrètes, c’est parler de l’acceptation du temps qui passe, de la constance du cœur, de la compréhension de soi et du divin. C’est pratiquer le wabi-sabi (l’attrait pour le calme, le retrait du monde et la simplicité élégante) et voir, à travers les mousses, une occasion de découvrir la notion de cérémonie et d’art à la japonaise.

    Avec émerveillement, simplicité, douceur et justesse, Véronique Brindeau chante le nom des mousses (mousse-cyprès, pinceau du Yamato, givre qui se dépose, grande ombrelle, mousse-lanterne, mousse-phénix) et attire notre attention sur l’infime, infini miniature qui « restitue le monde à [...]

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  • 12-7-2012

    Notules estivales & poétiques

    - Editions MLD, Thierry Marchaisse, Joca Seria, Les volets verts, Le cherche midi

    Après les suggestions de récits, voici quelques suggestions de recueils poétiques :

    Pays sous les continents de Dominique Sorrente (éd. MLD): ce beau recueil rassemble, en quinze itinéraires, trente ans de vie en poésie. Trente ans de voyage, de bifurcations des vocables, trente ans de lectures (Hölderlin, Bonnefoy, Saint John Perse…), trente ans pour énumérer le monde et le nommer. Traversée des îles et des mots, passage des échos, ruptures des rythmes, stupeur créative, amour sacré, divin tourmenté, archipels célébrés comme gentes dames… Le poète pétrit de grâce et d’humour les gestes du quotidien comme la plus infime mousse ou la plus brillante comète. Un très beau recueil, sensible et juste, où l’on assiste à l’éclosion de « l’énigme d’un malgré moi/ce qui ne me ressemble pas encore ».

    Un petit extrait, pour vous convaincre, peut-être, à commander chez votre libraire ou [...]

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  • 11-7-2012

    Notules estivales & narratives

    - Editions Thierry Marchaisse, La Volte, Le Vampire Actif, Les Moutons Electriques

    Le temps, la santé et l’énergie m’ont manqué pour partager mes derniers enthousiasmes. Mais avant de prendre la joyeuse route des vacances, je tenais à attirer votre attention sur quelques lectures à glisser, éventuellement, dans vos propres bagages…

    Les Philopyges (2 tomes, Editions Singulières) : Antoine Barral propose ici un roman feuilleton trépidant, enlevé, leste, plein d’humour. On lit avec grand plaisir cet auteur qui nous divertit autant qu’il nous cultive : plongeant dans une palpitante histoire de complot menée par Paul Déroulède, puis dans l’Afrique coloniale, il nous fait nous glisser, personnage, parmi les grands noms de l’Histoire, et sentir les évolutions du XIXe siècle finissant. Qu’il évoque l’affaire Dreyfus, les premiers pas du cinéma pornographique, la colonisation africaine, le statut des basques, les francs-maçons, la libération sexuelle des femmes (enfin… certaines) les tirailleurs sénégalais, Barral impressionne par sa capacité à [...]

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