De Litteris

  • 2-12-2012

    Dimanche, je vous aime

    Mireille Fargier Caruso - Editions Pré # Carré

    C’est un dimanche qui les contient tous, un souvenir qui perce le temps, un appel à la résurrection vive des sensations enf(o)uies.

    C’est le dimanche de l’enfance, entre retours de messe (« on rêvait de dragées / il ne nous restait dans la bouche /  que le goût rêche de l’hostie »), chocolat, jeux (« les jeux interminables / à être quelqu’un d’autre / si possible grand connu / aimé ») et immersion dans le rêve.

    C’est le dimanche des amants, « des intervalles de bonheur / à garder le jour entre nous », des jours sensuels qui s’étirent, heureux, parenthèses espérées tout le long de la semaine grise du travail (« lundi revient c’est une ride au coin des lèvres »).

    C’est un dimanche mythifié, presque un passé de contes, avec « tous ces liens qui donnaient / un visage au monde / le repos le dimanche ».  Un dimanche que [...]

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  • 1-12-2012

    La Flûte de Jade (opus I&II)

    Franz Toussaint - Editions Pré # Carré

    Une petite anthologie de poètes chinois adaptés en prose, publiée en 1920, à nouveau publiée, aujourd’hui, par extraits, sous de somptueuses couvertures orientalisantes : tel est le projet porté par ces deux belles plaquettes.

    On peut y lire une invitation à la rêverie comme à la découverte d’un art de vivre et d’écrire. Eclats de quotidien comme autant de respirs de poésie (« ces belles étoiles, là-haut, doivent être les écailles de notre poisson »), petites méditations (« la mort fait de l’homme une motte de terre sur laquelle pousse de l’herbe. Et je sais pourquoi notre respiration n’est qu’un perpétuel soupir »), esquisses de silhouettes (chat, héron, corbeaux, cueilleuses de nénuphars, poètes, sages, danseuses ivres, docteurs de la joie tranquille..), passage tranquille des saisons (« les craquements des bambous m’apprennent qu’il neige »), sensualité suggestive (« au travers du papier de la fenêtre, l’ombre d’une feuille [...]

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  • 30-11-2012

    Ecce Homo

    Laurent Henrichs - Editions Pré # Carré

    Marteler, sangler, épingler, river dans le texte ce « voici l’homme » presque nietzschéen.

    Représenter l’homme dans sa modernité grisâtre, perdu dans des « foules sans élan », les « gaz/ des carrefours », « le béton/ poussiéreux », « roulant/ d’improbables mécaniques ».

    Balbutier son « accoutrement / labial » qui ne parvient pas à redorer son humanité, bradée qu’elle est aux « nuées sans couleur » des néons,  à la panique de ce monde décérébré, inconstant, « privé d’emblèmes ».

    Dire son corps et son esprit crucifiés par le néant, tiraillés, réduits « à l’effigie de rien », mais cherchant à jaillir, malgré tout, à travers le cri & la verdeur du poème.

    Vous pouvez commander ce texte-cri et sa reliure de sang-brique ici.

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  • 29-11-2012

    Goutte d’encre sous la langue

    Michaël Glück - Editions Pré # Carré

    Aller à la rencontre du texte qui se fait, cerner le silence jusqu’à ce qu’il exsude les quelques gouttes d’encre dont la plume-langue fera poème. Faire ruisseler, à vif, mots & blancs incertains.

    La voix se tient à l’aube des lèvres : elle dit l’insurgée, la morte, la rebelle ; elle dit « l’incertitude qui flambe/ dans l’unique syllabe », le don & le partage des souffles qui circulent entre les êtres. Elle fait couler, dans ces vers qui prennent peu à peu ampleur et corps, le désir, la faim, l’ombre du poème, sa « préhistoire » (« un temps pour le silex et la faim / un temps de mains négatives / les pigments de la nuit »), sa vie qui se déroule, papillon dont le lecteur « épingle / les ailes les sens ».

    Elle dit ce qui pourrait être et ce qui est : la beauté d’un lien [...]

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  • 28-11-2012

    Deux terres, un jardin // L’inflexion du vivant

    Sylvie Fabre G. - Editions Pré # Carré

    Deux plaquettes, deux chemins diffusant la même exacte clarté, la même voix roulant les lettres pour dire les mystères d’une âme qui s’élance vers l’autre (« au noir de toi / soleil de l’autre / qui donne lettre ») et d’un monde que l’on cherche à habiter dans son entièreté, dans ses contradictions, ses possibles et ses impossibles (« au pied des parois / le don du verbe à l’azur / descelle les distances / unit le perdu au perdu »).

    Lire Sylvie Fabre G., c’est aller à la rencontre d’un visage-paysage cherchant à dire l’entre-deux des âmes et des pays qu’elles habitent. C’est se servir des mots comme de persiennes pour deviner, en clair-obscur, dans son appel vers l’autre, le « je » (« un pré en pente/ extraordinairement menacé »), ses limites, ses partages, sa quête d’unité, son questionnement qui, fouissant dans les [...]

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  • 27-11-2012

    Avant l’été

    Anne-Lise Blanchard - Editions Pré # Carré

    Temps d’exubérance, course « pour attraper la vie au vol », passage de l’éphémère, « hurlerie » mêlée de l’enfance qui crépite et de la vie qui se délite : Anne-Lise Blanchard, dans ce poème frêle qu’on lit à pas vif, saisit le jaillissement intense d’une saison de l’esprit.

    Ses vers se traversent en cisailles, en fragments de soi, en « alphabets de cendre » qui s’esquivent : on y devine, entre deux papillonnements de mots, l’appel de l’enfance lié au désir « d’enjamber les saisons », de saisir les regards en attente, d’aller vers « sa pleine luminescence » vers l’âge-été.

    Les vers s’égrènent, presque haïkus dans leur volonté d’intensité, dans leur souffle qui oscille entre brièveté, célérité froissée de sens, et appel à la lenteur, au rassemblement des images et de ses « souvenirs en bizingue ».

    Y défile une « petite vie / poème / ou herbe sauvage », parcourant à pas obstinés, âpres [...]

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  • 26-11-2012

    A perpète

    Amandine Marembert - Editions Pré # Carré

    C’est un poème qui se déploie comme une lettre à l’absente, à celle qui a fait un jour ses “valises de morte” et n’est plus contenue que dans l’écho incertain d’une voix qui se dissout dans le temps ou dans des objets fatigués effaçant peu à peu leurs empreintes.

    C’est un vers qui se tend comme une main pour saisir ce qui n’est plus : des partages quotidiens, des éclats de conversations familières, des au revoir reportés “à perpète“, des gestes si simples (“ce qui serre le coeur aussi / c’est une maison qui se referme / ne plus y entrer comme avant / ce soir je me vois frapper à ta porte / en attendant trop longtemps / que ton oui résonne“) qui se désincarnent, privés de réponse.

    Les pages égrènent leurs vers comme autant de chutes, de béances pour dire le manque,  la peur d’oublier le plus infime [...]

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  • 25-11-2012

    Novembre 2012 : promenade en Pré # Carré

    Une simple notule pour vous rappeler que demain sonne l’heure de notre grand rendez-vous mensuel !

    Après L’Escampette et Les Penchants du Roseau, je vous présenterai cette semaine Pré #Carré.

    Vous pouvez d’ors et déjà vous promener sur le blog de cet éditeur poétique, auquel j’ai emprunté la photo illustrant ces quelques mots.

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  • Le Hobbit – Audiolivre

    JRR Tolkien, lu par Dominique Pinon - Traduit par Daniel Lauzon - Editions Audiolib

    Les aventures de Bilbo Baggins et l’univers de Tolkien en général me bercent depuis l’enfance. Etranges noms et héros portés par la voix de mon frère, pays improbables à habiter dans mes rêves, créatures aux formes d’aventures à relire au fil des ans ou à animer lors de parties débridées de jeu de rôle.

    C’est sans doute parce que j’associe Tolkien à une forme d’oralité, celle d’une histoire partagée de vive voix par un lecteur-initiateur ou par un maître du jeu malicieux, que l’idée d’écouter cette nouvelle traduction, plutôt que de la lire, ne m’a pas paru si saugrenue. Le texte, lu dans son entièreté, révèlerait-il des failles que je n’avais pas, jusque-là perçues ? Saurais-je à nouveau me laisser charmer pendant une dizaine d’heures ?

    Passés les premiers étonnements des changements de patronymes et tournures de phrases devenues si [...]

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  • 22-11-2012

    Pierre et Blanche

    Henry Bauchau - Editions Actes Sud

    C’est un beau mélange de souvenirs (entretiens, lettres, articles) qui s’ouvre à nous de façon posthume. Eclats qui éclairent la relation qu’entretint Bauchau avec les Jouve et l’importance qu’elle eut pour sa création littéraire.

    A la pointe du triangle, Blanche : l’inspiratrice portant son poète de mari à bout de bras, la psychanaliste-Sibylle, à la parole oraculaire, qui ouvrira les portes du littéraire à son plus cher patient, la femme qui refuse de laisser derrière elle la trace de ses recherches, préférant se faire bain révélateur que créatrice elle-même. Génie de l’écoute.

    A la base du triangle, deux voix écrivantes : l’un ne sera que trop peu reconnu son vivant et s’avère pourtant être l’un des poètes majeurs du XXe siècle ; l’autre connaîtra sur le tard la reconnaissance qui fut refusée au premier et laisse derrière lui une œuvre superbe où psychanalyse, poésie et [...]

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